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lundi 27 mars 2017

De l'utilisation du second degré en parfumerie (Smell Bent, Werewolf Lumberjack etc.)


Le parfum étant généralement considéré comme un objet de luxe, il est presque toujours entouré par un effet d'aura qui bride quelque peu la créativité, et nous emmène forcément dans le conventionnel et l'ennuyeux (hum hum Guerlain).

Brent Leonesio, le créateur de la petite marque de niche californienne Smell Bent, a choisi de prendre une décision totalement opposée. Et c'est ainsi que Werewolf Lumberajck reclining on a bearskin rug in the middle of winter in front of an open fire est né, en incarnant la prise de risque extrême de la marque. 
N.B. : de mon point de vue, Smell Bent est tout ce que Etat Libre d'Orange a essayé d'être, avec des parfums vraiment originaux en plus.

lundi 13 mars 2017

Abdul Karim Al Faransi, Sheikh Al Faransi. Ambregris chiaroscuro.

John Singer Sargent, Fumée d'ambre gris.

Sheikh Al Faransi (ci-après nommé SAF) est une variation moderne et complexe autour de l’ambre gris. Un fac-similé, un hommage au matériau noble, un pastiche, une reproduction historique, un peu tout ça à la fois peut-être. D'une facture particulière, SAF est un magnifique exemple de traitement des matières animales en "reconstruction", qui tiendrait presque de la prestidigitation.

jeudi 2 mars 2017

En brèves : Le Jardin Retrouvé (Cuir de Russie, Rose Trocadéro, Sandalwood Sacré).

Le packaging est magnifique, il faut le reconnaître.

Le Jardin Retrouvé : marque de niche relativement ancienne, tombée dans l'oubli, et ramenée à la vie en 2016 à grands coups de storytelling ingénieux et de marketing bien fait. La marque distribuait gratuitement trois échantillons par personne à qui le voulait bien grâce à un lien disponible sur les réseaux sociaux. Jusque là, rien de bien choquant pour une marque de niche à l'ère du numérique. J'ai revendiqué mes échantillons, reçus peu de temps après dans un packaging soigné avec un note manuscrite de demandant gracieusement de bien vouloir partager une photo de mes échantillons sur les réseaux sociaux en précisant leur disponibilité au grand public. Chose que j'aurais faite si les parfums avaient fait preuve à mes yeux de la qualité revendiquée par le discours de la marque. 
J'ai longtemps hésité à écrire cet article ; ça m'horripile un peu de critiquer une marque toute jeune, mais la pseudo-sponsorisation éhontée sur Instagram, les avis dythirambiques envahissant les forums, et la médiocrité toute relative des trois références que j'ai pu tester m'ont un peu forcé la main. Bref, c'est pas mauvais, mais c'est pas exceptionnel non plus.

Sandalwood Sacré : Une explosion de santal de bonne qualité, légèrement cuiré, épicé, frais et laiteux. Néroli astringent, avec une écrasante note de petit-grain. C'est lui qui domine le parfum, et non le santal. On exploite ici les facettes les plus propres et cologne du santal, mais l'ensemble manque de complexité et de nuance. Un vrai monolithe construit autour d'un seul accord santal-hespéridé. La fleur d'oranger n'arrive que tardivement, et elle arrange un peu la chose en faisant ressortir les parties les plus riches du santal. Une touche de mousse accompagne le santal, mais elle est quasiment inexistante. La marque nous parle aussi de patchouli et de baume , mais leur présence n'est que purement anecdotique. La performance est médiocre comme pour les deux autres références que j'ai pu tester : immédiatement un parfum de peau, à la longévité un peu faible pour un boisé.

Rose Trocadéro : Rose de mai fraîche et verte, avec une ouverture écorce de citron plutôt bien faite. Très transparente, un peu âpre et métallique. Côté frais de lavande lessiviel et de musc blanc trop propre pour mettre la rose en valeur. Savonnette poudrée. Seul aspect vraiment intéressant : l'accord galbanum-cire d'abeille-bourgeon de cassis qui me rappelle certains chypres verts des années 50-80. Ce côté chypré aurait mérité d'être amplifié, et aurait fait un très beau contraste avec la fraîcheur de la rose toute verte. Plutôt agréable, mais trop linéaire pour être vraiment intéressant.

Cuir de Russie : En fait, c'est une violette aromatique. L'accord violette-genièvre est original, mais mal pensé, et pas vraiment harmonieux. L'effet global est aigre, acide, vinaigré et aqueux et désagréable, comme une mauvaise cologne artisanale qui aurait mal vieilli. Il faut attendre plus d'une heure sur peau, encore plus sur touche, pour que l'effet jus de cornichon s'apaise. Le cuir est uniquement dans le nom ; la suite du développement ne dévoile qu'une illusion cuirée-ambrée-florale à base de notes boisées et d'ylang de bonne qualité. Le styrax et le patchouli ne parviennent pas à sauver tout ça avant la 4ème heure. La performance est trop légère pour pouvoir apprécier le développement. Il faut sur-pulvériser pour avoir quelque chose de décent qui survive le stade des deux premières heures du développement. Une énorme déception pour moi.


***

Dans l'ensemble, les trois parfums que j'ai pu tester du Jardin Retrouvé sont décevants. A l'aveugle, j'aurais pensé être face à des eaux de cologne 100% naturelles plutôt bon marché telles qu'on les trouve souvent en magasin bio. J'aurais pu acheter Sandalwood Sacré et Rose Trocadéro si ça avait été le cas, mais je ne suis vraiment pas prête à payer le prix de la niche pour une telle déception. Je n'ai pas senti les trois autres références de la marque : une tubéreuse, une verveine et un citron je crois. Au lecteur de se faire un avis pour ceux-là. 
D'une part, je pense que le style de la marque ne me convient pas, et d'autre part, je trouve que les parfums en eux-mêmes ne sont pas très bien faits. Ils pourraient cependant convenir à quelqu'un qui souhaiterait un parfum simple et conventionnel, avec une performance très légère, dans le style des parfums Mark Buxton (que j'abhorre par ailleurs, donc bon, mon avis est à prendre avec une pincée de sel). Quitte à acheter dans le registre cologne, autant prendre une Claude Galien à 10 euros/100 ml, ou explorer la gamme Atelier Cologne ou même certains Goutal


mercredi 22 février 2017

L. T. Piver, Cuir de Russie (vintage). Ruine Belle-Epoque.



Le "cuir de Russie" est un véritable mythe de la parfumerie du XXe siècle. Impossible de savoir qui a fait la première version (Guerlain ou Chanel, un cas de plagiat par anticipation ? Mystère), mais le site de L. T. Piver s'enorgueille tout de même d'un très vague "fin du XIXe siècle" pour sa déclinaison, un peu tombée dans l'oubli pour être honnête, de ce morceau de bravoure de la parfumerie moderne.

dimanche 9 octobre 2016

Chypre Quest #5 : Histoires de Parfums, Noir Patchouli.


Roses, Arthur Streeton.
Un chypre mélancolique et sensuel, doucement fleuri et poudré, avec une bonne dose de patchouli bien sec. Patchouli Noir se balade entre l'oriental, le cuir, le chypre et l'ambré avec une aisance décontractée et une élégance rare, toute en demi-teintes.
A melancholic and sensual chypre, gently floral and powdery, with a good dose of dry patchouli. Noir Patchouli wanders between oriental, leather, amber and chypre at the same time ; with an aloof kind of ease and a rare elegance, all in halftones.

lundi 23 mai 2016

Anatole Lebreton, Incarnata. Cocotte Carotte


XIXth century violet powder commercial

Les accords cosmétiques, c'est mon truc. Ils me donnent toujours l'impression de sentir beau plutôt que de sentir bon. Alors que L'Eau Scandaleuse représentait une féminité androgyne et sauvage, Incarnata prend plutôt la direction opposée. Celle de la féminité archétypale poussée à l'extrême, nimbée d'un nuage de poudre de riz parfumée à l'iris.
I love cosmetic accords. A lot. They always make me feel like I smell beautiful rather than just 'good'. While L'Eau Scandaleuse was a wild and androgynous kind of feminity, Incarnata takes the opposite direction. Archetypal femininity stripped to its core, with an aura of iris-fragranced rice powder.

dimanche 8 mai 2016

Abdul Karim Al Faransi, Hind. Caramel Rose

Hans Makart, Charlotte Wolter as Messalina.

Alors qu'un printemps d'une chaleur déjà insoutenable s'est écrasé sur Dijon, je continue mon exploration de la gamme Al Faransi. Parmi toutes les références que j'ai eu le plaisir d'échantilloner jusqu'à maintenant, Hind reste ma préférée. 
Un ambré à la fois puissant et délicat, d'une complexité rare, riche, décadent, et au développement surprenant. 
While the unbearably hot spring has settled in Dijon, I keep on exploring the Al Faransi range. Among all the fragrances from the brand I've tried so far, Hind has elected itself as a true favourite.
Powerful yet delicate amber of a rare complexity ; rich, luscious, decadent, with an utterly surprising evolution.

N. B. : mon avis sur Musk Aswad et Mukhallat At-Tabari.

jeudi 24 mars 2016

Abdul Karim Al Faransi, Musk Aswad. Vetiver Animal


Je suis toujours à la recherche d'un bon musc réaliste. Pas un musc lessiviel tout propret, pas un musc blanc à la Narciso Rodriguez, mais un de ces muscs dits "noirs" ; boisé, complexe, unique. Animal, mais naturaliste, placé dans un contexte de forêt, de racines et de fourrure.
Musk Aswad rentre parfaitement dans cette dernière catégorie. 
I'm always on the look-out for a good realistic musk. Not a laundry musk, not a white Egyptian musk à la Narciso, but one of those "black" musks ; woody, complex, unique. Animalistic like it should be, but also naturalistic, with a background of forests, roots and furs.
Musk Aswad fits exactly into this category.

dimanche 28 février 2016

The Chypre Quest #2 : Anatole Lebreton, L'Eau Scandaleuse

Corcos, La Morphinomane.
Anatole Lebreton est un peu la coqueluche de la blogosphère "parfumerie de niche" française. Et cet amour n'est pas immérité. A voir toutes les revues dithyrambiques qui fleurissaient sur mes blogs favoris, je me suis empressée de commander un kit d'échantillons. Et j'ai eu le plaisir de constater que sa réputation n'était pas usurpée.
Anatole Lebreton is a highly regarded perfumer on many french fragrance blogs. I was a bit skeptical, as always when there's only positive reviews, so I decided to order a sample kit and try it out for myself. And I'm glad I did.


dimanche 24 janvier 2016

Al Haramain, Amber

Al Haramain, Amber.

En général, les orientaux ambrés sont faciles à aimer, grâce à leur bonne dose de vanille, qui agit sur la grande majorité de nous comme un plaisir olfactif immédiat. Tout le monde aime la vanille : ça évoque la crème brûlée, la crème glacée, les desserts et l'enfance quoi.
Most of the time, orientals and ambery fragrances are easy to love, thanks to a hefty dose of vanilla, which is an instantly likeable note for most people. Everyone likes vanilla : it is the scent of crème brûlée, ice cream, desserts and childhood in general.
Amber de Al Haramain n'est pas de ceux-là. C'est un ambre labdanum et aromatique, presque méconnaissable tant je m'attendais à une débauche d'onctuosité à la Shalimar. 
Amber from Al Haramain is not one of those. It's an aromatic labdanum amber, almost unrecognizable, mostly because I was expecting a huge blast of vanilla creaminess à la Shalimar.